La retraite à 70 ans, c’est pour bientôt ?

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Les classes moyennes auront été les grandes accidentées de l’ascenseur social, les sacrifiées du pouvoir d’achat, les coupables idéales de l’écocide mondial, le broyat essentiel de la Davocratie et enfin, les cotisants, pour les autres, d’une retraite qu’ils ne goûteront qu’à titre posthume dans un nombre croissant de situations.

La question de l’allongement de l’âge légal de départ à la retraite vient de ressurgir dans le débat public. Le Monde rapporte que le Gouvernement a deux scénarios à l’étude : le report de l’âge légal de départ et l’allongement de la durée de cotisation, jugé « moins pénible pour les classes moyennes ». Il envisage même d’utiliser l’article 49.3 pour un passage en force si nécessaire. Vous avez bien lu. Au cours des trente ou quarante dernières années, les classes moyennes auront été les grandes accidentées de l’ascenseur social, les sacrifiées du pouvoir d’achat, les coupables idéales de l’écocide mondial, le broyat essentiel de la Davocratie et enfin, les cotisants d’une retraite qu’ils ne goûteront qu’à titre posthume dans un nombre croissant de situations.

En somme, ces réformes qui visent la classe moyenne sont des machines à produire des pauvres, des malades et des gens tristes.

À l’épreuve de philosophie de feu le baccalauréat, la question Faut-il travailler pour vivre ou vivre pour travailler ? est un grand classique. On pourra bientôt la substituer à celle-ci : Faut-il travailler pour vivre et …mourir au travail ? Car la question de l’équilibre budgétaire qui taraude le législateur camoufle celle, essentielle et civilisationnelle, du sens du mot retraite. Imaginée par Colbert en 1670 pour recruter et fidéliser les meilleurs marins militaires, ce n’est qu’en 1910 que l’idée d’un droit à la retraite pour tous les salariés prend corps avec la loi créant les Retraites ouvrières et paysannes sur le modèle Bismarckien de la répartition. Leur ambition est simple : donner aux vieillards et aux infirmes des moyens de subsistance et d’indépendance pour finir leur jour dignement en retrait de la vie active. L’allongement indéfini de l’âge légal du départ à la retraite devrait donc avoir pour conséquence la multiplication des départs en retraite avant l’âge minimal, c’est-à-dire avec une décote importante, et l’augmentation du nombre de gens usés par le temps, déconnectés du présent et de ses usages, fatigués par l’espoir d’un repos qui ne vient pas, menacés par la mort, la maladie et le chagrin de ne pouvoir profiter des siens tant qu’ils le peuvent.

En somme, ces réformes qui visent la classe moyenne sont des machines à produire des pauvres, des malades et des gens tristes. Le modèle de retraite par répartition ne peut fonctionner que si la démographie l’accompagne, les travailleurs payant la retraite de la génération précédente. Ce modèle ne fonctionne plus. Il faut donc en changer.

A propos de l'auteur

Grégory Roose

Écrivain et éditorialiste. J'écris des nouvelles et des récits courts. Mes livres sont disponibles ici

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  • « Des machines à produire des pauvres, des malades et des gens tristes » : on ne saurait mieux dire. Et ces machines ont déjà bien œuvré.
    À « classes moyennes », je serais tenté d’ajouter « européennes » ou « blanches ».

par Grégory Roose

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