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C’est la première fois que je participe à un concours de nouvelle, et j’ai eu la chance de faire partie des lauréats de cette édition 2020 du Prix Gérard de Nerval de la nouvelle.

Nous avons été chaleureusement accueillis le 10 octobre 2020 à 17 h 30 par l’équipe organisatrice dans l’hôtel de ville du Touquet (62) qui nous a offert, en présence du maire de cette ville balnéaire, cinq exemplaires du livre édité à cette occasion. Nous étions quinze lauréats, sur plus de trois cent soixante-dix candidats, de ce prix remporté cette année par Mme Dominique Poilane.

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Tout ceci est très motivant et encourageant. Pour vous donner envie de lire ce recueil de nouvelles dont le thème commun est : Disparition inquiétante au Touquet, je vous propose de lire un extrait de la nouvelle que j’ai écrite, le Camée.

Paris, jour de l’Assomption de Marie, 15 août 1920, 8 h 30. 

L’angoisse dévorait l’esprit déjà encombré de Madame de Millevessant. Comme chaque année, la procession partirait à neuf heures de la cathédrale Notre-Dame, mais cette célébration de l’Assomption avait une saveur toute particulière pour la dévote mère de famille. Admise dans l’ordre des chevaliers du Saint-Sépulcre, elle aurait l’honneur d’escorter la statue de la Vierge de Charles X jusqu’à l’église Saint-Sulpice. Son visage était cependant voilé d’une inquiétude palpable. Son époux, qu’elle avait pourtant entendu la veille se coucher dans la chambre qui jouxtait la sienne, était introuvable depuis le lever du jour. La bonne, le voiturier et tout le petit monde qui peuplait l’hôtel particulier de la rue d’Artois s’affairaient à trouver Monsieur. Les piaillements désemparés de la maîtresse de maison couvraient les murmures médisants du personnel qui imaginait leur son patron dans les bras d’une nouvelle conquête. 

Un sifflement guilleret s’échappa du tumulte des voyageurs qui inondaient la gare de Paris-Nord. Une puissante locomotive Engerth Engerth déclamait son départ imminent d’un majestueux panache de fumée anthracite. Des voyageurs distraits accouraient pour s’engouffrer en wagon de 3e troisième classe, affolés par le sifflet du chef de gare qui ordonnait à ce train imposant de rejoindre la Côte d’Opale. Confortablement affaissé dans la moiteur bovine d’un luxueux fauteuil, Charles de Millevessant semblait se lasser, déjà, du confort de la voiture-salon. Il rechignait cependant à s’enquérir des dernières nouvelles boursières, ce qu’il s’infligeait chaque matin par la lecture du Petit Parisien. 

15 août 1920. La Bourse de Paris affiche une bonne vitalité, mais le cours des matières premières s’envole. L’acier de France continue son inexorable envolée. 

D’un geste négligé, l’industriel, que la faillite guettait, referma son journal pour ne pas gâcher une journée qui s’annonçait radieuse. Il songea à peine au tort que son absence inexpliquée causait à sa famille. Il lui suffirait d’un simple coup de téléphone, prétextant une affaire urgente, pour être pardonné, pensait-il. Après tout, sa position n’exigeait-elle pas qu’il saisît toutes les belles occasions qui se présentaient ? Et puis, les bondieuseries de sa femme le lassaient. Il n’en avait cure de cette procession de l’Assomption à laquelle sa femme vouait une idolâtrie embarrassante. Les affaires qui l’amenaient au Touquet étaient de la plus haute importance, mais il omettrait de préciser à son épouse qu’elles étaient de nature galante. 

La suite dans livre Disparition inquiétante au Touquet aux éditions Arthemuse