Le syndrome du marchand de foire

J’ai vécu, hier, ma première rencontre littéraire en tant qu’écrivain. La journée était organisée par l’une de ces courageuses associations bénévoles qui permettent de maintenir la vie et les divertissements dans nos villages reculés. Je me retrouvais donc à Peyroules, dans le Verdon, en ce dimanche 7 août 2022. La dernière fois que je me suis retrouvé derrière un stand, c’était pour vendre sur un marché aux puces (d’autres diront brocante, ou vide-grenier) quelques objets que je regardais comme inutiles et dont je voulais me débarrasser contre quelques euros. A la réflexion, il s’agissait de francs, c’est dire comme ce souvenir est lointain. Pourtant, les sensations sont restées vives à l’esprit et ont rejailli à l’instant où je me suis assis derrière mon stand. Etais-je coincé derrière cette table pour vendre des détritus ménagers à qui en voudrait ? Non. J’allais proposer ce que j’avais écris de meilleur à ce jour, mais ce sentiment d’être un boutiquier du dimanche ne me quittait pas.

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Mes livres étaient présentés avec soin, enfin je le crois, ordonnés de manière à attirer le regard puis l’intérêt des amateurs de lecture. Pourtant, sans appréhender verbalement les potentiels lecteurs, les risques qu’ils passent devant moi sans même jeter un regard sur mes livres se sont avérés être très élevés. Je n’ai pas eu d’autre choix, dès lors, que de troquer mon habit d’écrivain solitaire avec celui d’un marchand de foire, métier qui, si respectable soit-il, n’est pas le mien. Pour ne pas avoir l’impression de quémander l’attention des passants, ce que je rechigne à faire, je leur offrais un petit livret, Le Camée, extrait de mon premier recueil de nouvelles, Train de nuit. Très souvent, ils semblaient apprécier ce geste qui ne leur coûtait rien ni ne les engageait à m’acheter un livre. Beaucoup le parcouraient devant moi ou entamaient sérieusement sa lecture, ce qui donna très souvent lieu à des échanges entre nous. 80% d’entre-eux m’ont acheté un livre. J’en ai conclu que si je n’avais pas démarché activement les passants, je n’aurais sans doute ni parlé avec eux, ni vendu un seul de mes livres, comme cela se serait passé sur un marché avec n’importe quel produit, qu’il soit bon ou mauvais.

J’allais proposer ce que j’avais écris de meilleur à ce jour, mais ce sentiment d’être un boutiquier du dimanche ne me quittait pas.

Il ne suffit pas qu’un livre offre un contenu intéressant (j’allais écrire « bon contenu », mais seul le lecteur est habilité à juger de la qualité d’un livre). Encore faut-il que le lecteur soit informé de l’existence dudit ouvrage et qu’on lui donne envie de le lire. Or, la plupart des auteurs ne bénéficient que de très peu de visibilité dans les médias. C’est malheureusement à l’auteur que revient la lourde tâche de « vendre » son livre. Je n’en ai guère envie et je préférerai passer mon temps libre à écrire plutôt qu’à faire lire. Mais puisque c’est aux lecteurs de déterminer si un livre est bon ou mauvais, c’est la somme de leurs avis qui conduit, de bouche à oreille, au succès ou à l’échec d’un livre.

C’est donc à vous, cher lecteur, que je m’en remets pour faire de mes livres des expériences de lecture partagées.

2 commentaires

  1. Riviere Florence

    C’est horrible pour un artiste, quelque soit l’art de se vendre. Bravo d’avoir eu le courage d’aller au-devant des potentiels lecteurs. 👍

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