De la pensée politique à la posture idéologique

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Un journaliste grec m’a contacté il y a plusieurs jours pour me poser quelques questions sur l’actualité internationale, l’immigration en Europe et l’attitude des peuples face à celle de ses dirigeants. Il opère dans un journal en ligne, The Flag Report, qui semble partager quelques-unes de mes idées. J’ignore comment un journaliste grec en est arrivé à m’interroger, moi plutôt qu’un autre, et par quel cheminement il a découvert mon site internet, n’étant visiblement pas francophone.

J’ai répondu avec plaisir à ses questions avec l’aide de Google traduction, mon anglais n’étant pas si mauvais, mais pas si bon. Ce que je n’arrive pas à déterminer, cependant, c’est la manière dont il me perçoit. En qualité d’écrivain, ce que je m’évertue à devenir, ou de commentateur indéterminé de la situation de la France et de l’Europe ? Un peu de tout cela, certainement, et j’imagine que pour être reconnu (ce qui vaut mieux que d’être connu) en tant qu’écrivain, il faut avoir publié une ribambelle de livres, ce qui n’est pas encore mon cas. Je n’ai pas ce mot, ribambelle, il sonne à l’oreille comme une batterie de casseroles qui termine sa chute dans un évier en inox. Mais aucun autre ne me vient à l’esprit en cet instant précis. Quoi qu’il en soit, la retranscription de cet entretien se fera en langue grecque. Je vous le partage donc en français en vous en souhaitant bonne lecture.


The Flag ReportBeaucoup en Europe ont commencé à s’inquiéter qu’à mesure que le coût économique du soutien à l’Ukraine augmente, le soutien populaire pourrait se retourner contre les gouvernements qui soutiennent l’Ukraine. Alors, pensez-vous que cela se produit? Pensez-vous que de plus en plus d’Européens prennent conscience du rôle que joue Washington dans la crise européenne ?

Grégory Roose – Comme j’aimerais partager votre optimisme ! Malheureusement, le cynisme m’habite depuis quelques temps, dépité par la léthargie des peuples européens face à l’évidente oppression culturelle, morale, politique et prochainement économique qu’ils subissent de toute part. En France, par exemple, le Gouvernement avait décidé il y a quelques années de fermer de nombreuses centrales nucléaires de production d’électricité sans solution alternative sérieuse. Le Président Emmanuel Macron avait d’ailleurs assumé publiquement que cette décision tirait sa justification de principes idéologiques. Cette idéologie, c’est l’écologie hystérique, antinucléaire par essence, alors que cette énergie est la plus propre et la plus rentable, faute de mieux à ce jour. Avec la guerre en Ukraine, la France l’Europe, la Grèce et presque tous les pays européens payent le prix fort de leur vassalisation aux États-Unis, refusant de régler le problème du Dombass, excitant Poutine sur la question Ukrainienne, attisant un feu dont le foyer se trouve sur nos terres. Mes propos ne sont pas pro-russes. Ils sont anti-UE. Le peuple est-il en train de s’apercevoir que cette Ursula Von der Leyen s’arroge un pouvoir démesuré sans tirer aucune légitimité démocratique ? Quelques pays nous ouvrent la voie, comme la Hongrie, la Pologne et plus récemment la Suède et l’Italie. Mais nos espoirs sont pour l’heure broyés par l’ogre technocratique européen et par la caste politico-médiatique. Dans toutes les révolutions, dans tous les changements de paradigme, ce sont les minorités dirigeantes qui sont à l’œuvre. C’est elle qu’il nous faut remplacer, portés par le peuple ou en le tirant vers nous.

T.F.RDe plus en plus de protestations contre la flambée des prix de l’énergie éclatent dans un nombre croissant de pays européens. Pensez-vous que la pénurie d’énergie stimule ou stimulera une crise politique et sociale au sein de l’Europe ?

G.R. – Tout à fait. Quand le peuple est pris à la gorge et se sent acculé, il finit par réagir, mais c’est souvent trop tard et dans la violence démesurée. C’est pour cette raison que nombre de gouvernements entretiennent la vieille recette qui consiste à contenir toute révolte sociale en nourrissant le peuple et en le divertissant : Panem et circenses. Mais parfois, ce sont les travailleurs qui se révoltent. C’est ce qui s’est passé en France avec le « mouvement des gilets jaunes » dès octobre 2018. Ce mouvement social spontané trouve son origine dans la diffusion — principalement sur les médias sociaux — d’appels à manifester contre l’augmentation du prix des carburants automobiles issue de la hausse de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE). Les manifestations ont lieu essentiellement le samedi pendant plusieurs mois et partout en France. Ces manifestations, d’abord apolitiques et pacifiques, auraient fait reculer le gouvernement en France jusque dans les années 2000. Mais avec le cynisme de Macron, les forces de l’ordre ont sciemment laissé les nervis gauchistes (les antifas notamment) infiltrer ces manifestations pour qu’elles dégénèrent et obtenir la légitimité pour les mater avec l’aide docile des médias et de la caste artistique (comédiens et chanteurs) qui ont décrédibilisé les manifestants.

Chaque samedi, les manifestations ont été violemment réprimées, parfois dans le sang. Il y a eu quelques morts et de très nombreux blessés et estropiés dans le silence complice des médias. Finalement, malgré son dynamisme et sa légitimité, le mouvement a été marginalisé. Coup de génie de Macron : il a même réussi à en tirer profit pour faire un tour de France en 80 jours, appelé « Grand Débat », pendant lequel il était quasiment le  seul à parler en répondant à des questions très orientées de ses partisans déguisés en “gilets jaunes”. Mais quel cynisme ! Au bout du compte, il y a eu un incroyable soulèvement populaire et c’est le tyran qui s’en est sorti. Pis, les électeurs ont une mémoire de poisson rouge : ils ont réélu Macron! Heureusement, la résistance perdure chez une partie du peuple français, conscient des périls qui guettent notre peuple. Mais pour le moment, nous n’avons pas réussi à renverser la vapeur, écrasés par la puissance des médias lobotomisants et la force des habitudes.

T.F.RAvec tant de problèmes, l’Europe vieillissante avait « malheureusement » choisi l’option facile de plus d’immigration ! Les vagues d’immigrants qui pénètrent au cœur de l’Europe représentent une sorte de « catastrophe naturelle », ou est-ce purement le résultat de la politique ?

G.R. – C’est la double conséquence d’une idéologie répandue chez les élites que nous laissons nous gouverner et de notre lâcheté collective. Nos élites considèrent qu’un immigrant est une force de travail bon marché et un consommateur docile. Il n’a que faire des notions de peuple, de nation, d’enracinement, d’ethnie. Tout ceci leur est devenu étranger. Elles veulent résoudre par l’immigration africaine l’équation de l’hiver démographique européen dans lequel nous sommes engouffrés par égoïsme. Car oui, les seconds responsables , ce sont les peuples qui laissent faire, parfois en regardant, parfois en encourageant cette immigration clandestine qui détruit à petit feu les fondements de notre civilisation européenne. Que deviendra Athènes quand elle ressemblera à Tombouctou et Paris à Alger ? Quand bien même ces peuples africains arriveraient-ils à s’assimiler à notre culture, deviendront-ils européens s’ils nous remplacent complètement ? Cela me fait penser à la célèbre métaphore du bateau de Thésée. Le bateau de Thésée est une expérience de pensée philosophique concernant la notion d’identité. Elle imagine un bateau dont toutes les parties sont remplacées progressivement. Au bout d’un certain temps, le bateau ne contient plus aucune de ses parties d’origine. La question est alors de savoir s’il s’agit du même bateau ou d’un bateau différent. Le Grand Remplacement, c’est le bateau de Thésée qui jamais ne flottera.

T.F.RY a-t-il une différence entre la gauche et la droite aujourd’hui ? Et je demande pourquoi il y a ici un double paradoxe. Le politiquement correct occidental a remplacé la lutte des classes, produisant une élite libérale qui prétend protéger les minorités raciales et sexuelles menacées afin de détourner l’attention du pouvoir économique et politique de ses membres. En même temps, ce mensonge permet à l’alt-right de se présenter comme les défenseurs des « vraies » personnes contre les élites des entreprises et de « l’État profond », même si elles aussi occupent des positions au sommet du pouvoir économique et politique. Que s’est-il passé exactement ?


G.R. – En effet, je me pose la même question. Il m’est donc difficile d’y répondre. Mais je pense que ce qui a fondamentalement changé, c’est le passage de la pensée politique à la posture idéologique. Dans les années et siècles passés, les Hommes s’alliaient et s’opposaient sur la base de corpus intellectuels plus ou moins élaborés en fonction des individus et des classes sociales. Lors des débats politiques dans les assemblées ou autour d’un repas familial, on convoquait des épisodes de l’histoire, des grands Hommes, des grandes avancées ou les problématiques sociales. De nos jours, cette attitude est devenue plus rare.  La notion d’intérêt général est souvent le faire valoir pour légitimer l’action de lobbies qui travaillent pour les intérêts individuels et les militants, essentiellement ceux de gauche, prétendent que la défense de quelques ultra-minorités relève de l’avancée sociale pour l’humanité. C’est le cas avec les minorités sexuelles.  Combien existe-t-il de personnes genderfluid (sic) dans ce monde ? Et combien NetFlix et nos gouvernements en mettent-ils en scène dans leur propagande ? Le ratio est tout à fait disproportionné. Il est l’œuvre de politiques de lobbies défendant des intérêts individuels au mépris de l’intérêt général et des problématiques menaçant l’unité de l’Europe tel que l’affaiblissement économique, sa place dans le monde et, menace parmi les menaces, son risque de submersion par une immigration africaine incontrôlée et désormais organisée.

Propos recueillis par Apostolos Apostolou pour The Flag Report

A propos de l'auteur

Grégory Roose

Écrivain et éditorialiste. J'écris des nouvelles et des récits courts. Mes livres sont disponibles ici

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  • Vous avez résumé bien des choses en peu de lignes.
    Pour ma part, je suis tenté d’ajouter que pour beaucoup de Français et de Blancs, la politique (voter, s’engager d’une façon ou d’une autre, etc.) paraît une activité inutile et décevante : E.M. a été réélu par 38 % des inscrits !
    Pour les minorités sexuelles, dont, étant gay, je fais partie, vous n’avez que trop raison. Tout a commencé lorsque certains penseurs, tels Reich et Marcuse, accréditèrent cette idée bizarre que la bagatelle était politique.

par Grégory Roose

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