Dans mon dernier article rédigé pour VA, j’ai essayé de mettre l’accent sur l’une des rares bonnes nouvelles que nous apporte l’actualité : le confinement forcé provoque déjà une impressionnante amélioration de notre environnement. Mais conserver ce retour de la nature nécessitera des sacrifices…

La France plonge, contrainte, dans une ère lugubre dont nul ne connaît la durée ni l’issue. Les mauvaises nouvelles sont claironnées chaque soir, à heure fixe, à des Français hypnotisés par leur télévision qui les libère, le temps d’une conférence de presse, des saillies numériques de cet harceleur portable qui leur notifie le pire, minute après minute, d’un bruit de clochette funeste. Dans certaines villes, un pas supplémentaire a été franchi dans les mesures de confinement : celui du couvre-feu. A Arras, dans le Pas-de-Calais, des trompettes de l’Apocalypse résonnent le soir dans les rues désertes, répandant dans les foyers reclus ce vacarme familier que l’on entendait « avant guerre » d’une oreille distraite, le premier mercredi de chaque mois. Certains ne sont déjà plus témoins des bouleversements de notre quotidien. Leur langueur n’est plus, ils sont morts. Dans cette guerre contre le Coronavirus, nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt et inopportun renfort, nous nous vîmes trois mille, puis trente mille et bien davantage encore, en arrivant aux portes de la mort.

La nature reprend son souffle quand l’homme cherche le sien

Les motifs de réjouissances sous ces ladres auspices sont bien maigres. Et pourtant, la nature reprend son souffle quand l’homme cherche le sien. C’est d’une tristesse infinie, mais c’est un fait : partout où l’activité humaine est en berne, les rivières se repeuplent, l’air se purifie, la faune investit les villes et la flore s’empare de nos murs. Pour la première fois depuis l’invention des bateaux à moteur, les eaux de Venise, d’ordinaire aussi sombres et malodorantes qu’un égout à ciel ouvert, retrouvent un aspect cristallin et la délicieuse odeur des reflux marins. Ici comme à Cagliari, en Sardaigne, un dauphin a été aperçu. A grand renfort de cygnes et de poissons qui réinvestissent les lieux désormais protégés des déjections anthropiques, la nature s’est emparée de Venise.

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