Partagez !

J’ai récemment été interviewé par l’association Reporters d’Espoir, dans le cadre d’une étude sur le traitement médiatique du climat. Je reproduis ci-dessous les questions qui m’ont été posées et les réponses que j’y ai apportées. J’en ai profité pour exposer ma vision de l’écologie, assez éloignée de l’écologie de gauche qui phagocyte les initiatives et les médias. Bonne lecture !

Pouvez-vous vous présenter ? Expliquer votre implication médiatique ? Les médias parlent-ils assez du climat selon vous ?

Avant toute chose, il me semble utile de préciser que je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur. Je ne rapporte pas uniquement des faits, je les commente, en prenant explicitement parti dans des textes publiés sur plusieurs supports, dont Valeurs actuelles. J’ai également écrit un premier essai, Pensées interdites, écrit sous forme d’aphorismes, critique des dérives du progressisme. L’écologie est un thème qui me tient beaucoup à cœur et que je traite sous un angle assez différent que ce qui peut-être lu habituellement, c’est-à-dire sous un angle conservateur, pragmatique, tourné vers l’action.

La question écologique, trop souvent réduite à celle du climat, doit traiter sous un angle pragmatique, raisonné, froid. D’une froideur analytique qui n’exclut pas l’implication mais se protège des passions.

Les médias traitent beaucoup (trop) de la question climatique sous un angle dogmatique, parfois hystérique. « Il faut sauver le climat », peut-on lire souvent. En soi, cela ne veut rien dire. A l’échelle de la planète, il n’existe pas un climat, mais des climats. Ce qu’il faut sauver, c’est la Nature face aux pollutions anthropiques, c’est l’Homme de ses propres déjections. Ce qui doit être sauver, c’est notre capacité à vivre en symbiose, au demeurant assez faible, avec notre cadre naturel dont nous sommes les bénéficiaires autant que les garants.

En parlent-ils bien ?

En parler trop, c’est déjà en parler mal. C’est aussi céder à la facilité du dogmatisme alors que pour être efficace et crédible, la question écologique, trop souvent réduite à celle du climat, doit traiter sous un angle pragmatique, raisonné, froid. D’une froideur analytique qui n’exclut pas l’implication mais se protège des passions.

Que conseillerez-vous aux journalistes pour traiter le sujet du réchauffement climatique ?

Si je pouvais me permettre un conseil, ce serait celui-ci : réhabilitez le mot « climato-sceptique ». C’est la clef pour s’écarter du chemin « écolo-hystérique » tracé par le produit marketing Greta Thunberg dont la sincérité et les fragilités ont été exploitées.

La définition la plus communément admise du mot climatosceptique, ou climato-sceptique, désigne les personnes qui ne croient pas à la théorie selon laquelle le réchauffement climatique est provoqué par les activités humaines. Dans cette acception, le scepticisme qui renvoie au refus d’admettre une chose sans examen critique est, souvent volontairement, confondu avec le négationnisme qui consiste à réfuter, à nier des faits qui paraissent incontestables. Il est d’autant plus regrettable de constater que ce néologisme est né avec cette confusion sémantique. En réalité, ce que les médias nomment climato-scepticisme est un climato-négationnisme.

L’approche dogmatique véhiculée par Greta Thunberg, fondée sur la peur et l’incertitude, doit rencontrer la résistance du climato-scepticisme, nourri de doutes constructifs et d’exactitude scientifique. Le mot « climato-scepticisme » a été détourné de son sens premier. Il est pourtant l’avenir de l’écologie.

Faut-il faire peur aux gens pour alerter sur le réchauffement climatique ?

La peur est un déclencheur. Elle fait réagir. Comme sur d’autres sujets, la peur est le fil rouge des papiers qui traitent de la question climatique, ce qui n’est pas un problème en soi. Ce qui l’est, néanmoins, c’est que la question du « climat » doit être tournée vers l’action. Il s’agit moins de faire réagir que de faire agir. Un lecteur qui a peur va-t-il se renfermer, se protéger ou se révolter ? Pour susciter l’action positive, je pense qu’il faut procéder en trois actes : choquer, expliquer, proposer.

La peur est un puissant déclencheur, l’espoir l’est tout autant. La peur renferme, l’espoir ouvre le champ des possibles. On peut écrire un papier construit autour de ces trois ingrédients que sont la peur, la connaissance, et l’espoir sans tomber dans la niaiserie. Le rôle du journaliste, c’est aussi de susciter l’action positive, ouvrir ce champ des possibles.

Le traitement de la problématique du climat est-il primordial pour un média ?

Ne pas écrire sur le climat au XXIe siècle, c’est comme ne pas écrire sur la révolution industrielle au XIXe. A l’inverse, marteler que nous sommes face à « l’urgence climatique », sans proposer de pistes de sortie, a un effet anxiogène qui peut provoquer chez le lecteur l’effet inversement escompté, c’est-à-dire le rejet, voire le dégoût, plutôt que l’adhésion. A trop parler du climat, surtout sous un angle angoissant, catastrophiste voire culpabilisant, est ainsi contre-productif.

En réalité, ce que les médias nomment climato-scepticisme est un climato-négationnisme.

Mais ne parler que du « climat », même sous la forme de synecdoque, c’est-à-dire en usant abusivement de ce terme devenu fourre-tout pour parler de l’écologie sous toutes ses formes, me semble être une erreur. La question écologique est multiple, complexe. C’est avant tout un écosystème dont fait partie le climat. Ne parler que du climat pour aborder la question écologique est donc réducteur et simplificateur. D’ailleurs, un autre terme pourrait être réhabilité, sans céder au caprices des modes sémantiques : la Nature. On ne parle plus de la nature, mais d’environnement, de climat, d’écologie. Ce mot simple possède pourtant une puissante charge émotionnelle que les mots valises précités ne possèdent pas et ne posséderont sûrement jamais. L’Homme est charnellement lié à la Nature. Seuls les scientifiques, politiques, militants et journalistes sont sensibles aux mots technos qui la désignent. Utiliser le mot « Nature », c’est capter l’attention du lecteur, le mettre au centre de l’action, du problème. C’est l’impliquer à coup sûr.