L’enterrement de la France

Je ne m’en remets pas. En mourant, Belmondo a ressuscité la France pour mieux l’emporter avec lui. L’hommage aux invalides a provoqué une puissante émotion, même si l’on peut regretter le mélange des genres entre hommage civil et militaire. Le moment le plus fort, évidemment, fut le départ de son cercueil sous les pleurs insoutenables des violons. Le thème Chi Mai accompagna l’homme, comme il le fit pour l’acteur en 1981 dans la scène finale, devenue mythique, du professionnel. Quel bel hommage. Quelle infinie tristesse. En observant les gens qui l’entouraient, j’ai vu des Français de toutes les générations pleurer le départ d’un homme aimé, mais je n’ai pas vu que cela.

L’allégorie était cruelle. L’incarnation de la France d’avant, quoique vêtue des habits sales de la République, faisait ses adieux dans le râle impuissant de ses derniers survivants, sous le joug mélancolique d’une musique qui ne peut laisser personne insensible. Les souvenirs heureux rejaillirent pour mieux retourner dans les tréfonds de notre conscience collective, comme un trauma que l’on camoufle pour ne plus en souffrir. La France de Belmondo est partie. Elle ne reviendra jamais.