Les médias français sont quasi unanimes. Les Français devaient se ruer vers ce fameux maillot à deux étoiles comme vers le sésame leur ouvrant la porte de la communauté des vainqueurs. Remède aux contrariétés quotidiennes et aux turpitudes d’une société individualiste, ce maillot est bien davantage qu’une pièce de tissu brodée ; il doit être le symbole d’une réussite collective à laquelle chacun pouvait prétendre. Avachis devant leur écran 48 pouce, n’avaient-ils pas âprement participé à la victoire de cette équipe tant représentative de la France de 2018, ces français à qui l’on vend le mirage d’un pays qui gagne dans l’osmose collective ?

En ce matin du 17 août 2018, jour du lancement commercial du maillot à deux étoiles de l’équipe de France de Football, les français se devaient tous de répondre présent devant les boutiques officielles, comme on se réunissait jadis devant la mairie, sur la place du village pour fêter le souvenir d’une victoire amèrement acquise au prix du sang contre l’ennemi.

 Le prix, parlons-en. La version standard de ce maillot coûte près de 85 euros pour la version Replica et de 140 euros pour la version « haut de gamme » A ce tarif, d’aucuns pourraient penser qu’il est cousu de fils d’or par des couturières parmi les plus réputés des grandes maisons de mode parisiennes. En réalité, les petites mains des grands groupes tels que Nike sont Chinoises ou Thaïlandaises et ne seront gratifiées que de quelques 85 centimes d’Euro par maillot Replica fabriqué, soit environ 1% du prix de vente dudit maillot.

Selon le collectif Ethique sur l’étiquette, le coût moyen de production d’un maillot représente 7 % du prix total, dont 3,5% pour les matières premières. Les autres parts du gâteau sont partagées entre le fournisseur ( 2,5 %), les équipes partenaires qui perçoivent le plus souvent un montant équivalent à 15 % du prix de vente en gros de leur maillot et la marque, en l’occurrence Nike, qui se réserve la part la plus dodue. 

S’acheter ce maillot, c’est bien sûr s’offrir un plaisir puéril, un rêve de gosse, un besoin détourné et édulcoré d’appartenir à notre communauté nationale sans prendre le risque d’être taxé de « facho » au quotidien. C’est aussi, et peut-être surtout, arborer autant que je l’abhorre, le symbole de la mondialisation sauvage et du changement de Peuple.