Le dernier Tweet

Il semblerait que Twitter souhaite mettre un terme à notre relation. Je l’aimais bien, pourtant. Ces derniers temps, je le sentais néanmoins distant, désagréable même, avec moi. C’est la troisième fois en trois mois que le réseau social verrouille mon compte pour des motifs toujours plus farfelus. Ici, un délit de critique envers l’idéologie progressiste. Là, un flagrant délit de transphobie, me signale-t-on. L’oiseau bleu ne supporte plus la critique, même constructive, de l’idéologie dont son fondateur se réclame : le progressisme hystérique et caricatural.

Je dois beaucoup à Twitter. Dans les premiers temps, j’étais assez sceptique sur l’utilité de ce réseau qui m’apparaissait être une copie minimaliste de Facebook, ce dernier ne présentant à mes yeux que l’intérêt pratique de maintenir les échanges, fussent-ils épisodiques, superficiels et numériques, avec des proches et amis. Mais Twitter était bien plus que cela. Il me permit d’assouvir le besoin de partager, avec qui voulait bien m’entendre, mon regard sur le monde, mes aphorismes, mes analyses parfois cinglantes sur l’idéologie victimaire de ceux qui nient ce que nous sommes et voulons demeurer. Dès mon arrivée sur ce réseau, en 2015, j’ai compris que sa conception addictive me ferait perdre beaucoup de temps, mais déjà, j’étais son esclave. D’abord, les récompenses sous forme de retweet et de like, puis vinrent les abonnés, les commentaires tantôt encourageants, tantôt mordants voire agressifs. Cette reconnaissance superficielle et furtive provoque néanmoins l’addiction que ceux qui en sont gratifiés. Alors, on passe davantage de temps sur ce réseau à la recherche de la dernière information qui provoquera une réaction épidermique dans sa communauté d’abonnés ou du bon mot, de la meilleure analyse. Et nous voici prisonniers d’une bulle de réactions en chaîne qui se propagent rarement au-delà de ses opaques membranes.

Ma communauté virtuelle se mit à grandir pour atteindre 36.500 abonnés à ce jour. Twitter a libéré ma parole, m’a permis de la faire entendre auprès de mes semblables, donné envie d’écrire, de m’engager. Pour cela, je le remercie. Aujourd’hui, ce réseau souhaite me faire taire. A vrai dire, je m’y prépare depuis assez longtemps. Peut-être mon compte sera-t-il bientôt supprimé, c’est-à-dire « définitivement suspendu » pour reprendre l’expression politiquement correcte de la firme américaine.

Ci-dessous mon ultime véritable tweet, commis le 28 mai 2021. Oh bien entendu, je ne quitte pas définitivement le réseau, sauf à en être définitivement chassé. Je continuerai à l’utiliser pour y communiquer mes évènements, sorties de livres et écrits de toutes sortes. Mais ceci fût mon dernier tweet utile, idéologique, sensible. Twitter fut ma pépinière d’idées, elle sera ma chargée de communication.

A compter de ce jour, je tâcherai d’écrire ce journal avec la même rigueur (j’espère avoir le courage de la constance et la force de la consistance), que celle que j’ai déployée pendant des années dans un réseau qui ne me veut plus.