Ecrire

Prendre son temps. Savourer chaque seconde par des gestes lents. Contempler. S’appliquer. Se concentrer. Notre époque est l’ennemie du mieux. La frénésie d’outrances qui règne sur les réseaux sociaux, dont je suis autant l’artisan zélé que le pathétique esclave, nuit à la concentration, à l’accomplissement, à la fixation d’un cap clair et intelligible. Mon départ de Twitter, où mon compte n’aura d’autre usage que de servir de vitrine à mes actions et projets, doit me permettre de produire davantage et mieux. Surtout, mieux. J’ai à l’esprit de nombreux projets d’écriture… et de lectures pour les nourrir. Un recueil de micronouvelles, un autre de nouvelles. Un roman, Le Grand Rapatriement. Un Atlas du Grand Remplacement, une Petite histoire mondiale de la Remigration. L’éloge du Bref, La Démarchie ou la post-démocratie et enfin, une élégie de La Couture, mon village d’adolescence. Trop de projets, sans doute, le piège que je tâche d’éviter étant celui de l’inachèvement. Parmi ces projets, trois me tiennent particulièrement à cœur. L’un par nécessité, les suivants par besoin.  La Petite histoire de la Remigration serait d’une grande utilité à notre cause, ne serait-ce que pour démontrer que cette nécessaire action à la libération des peuples européens connaît quelques précédents, bien qu’il s’agira de ne pas en répéter les écueils. Le recueil de micronouvelles, à moitié inachevé, devrait connaitre un succès d’estime, même si je crois en la forme courte dont je souhaite faire l’éloge. L’Elégie de la Couture, enfin, serait une ode à l’enracinement se faisant le pâle et très modeste écho à L’élégie de Chamalières, de Renaud Camus, chef-d’œuvre intimiste et inspirant, presque envoutant. 

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Mon sevrage numérique se passe plutôt bien. Après sept jours sans tweeter, j’ai retrouvé l’usage de la main qui me servait jadis à écrire, avant qu’il n’en faille deux pour accomplir ce miracle accessible à tous. Je décide de sortir d’une boîte oubliée quelques enveloppes de papier vergé produites par un atelier situé en Provence. J’ai envie d’écrire, plutôt que d’envoyer d’impersonnels courriers électroniques, quand cela est possible. J’ai besoin de sentir la plume accrocher un papier fabriqué avec soin, l’encre en couler gracieusement sous les ordres de ma main, formant, dans l’anarchie apparente de ses convulsions, des fragments d’âmes candidats à l’éternité.

L’écriture manuscrite se perd. Elle fut un outil, devint une habitude. Bientôt, elle sera l’un de nos regrets, une nouvelle « tradition » perdue que chacun pleurera, mais que personne ne se donnera la peine de faire revivre. J’ai découvert, pour m’accompagner dans ce désir d’écrire, un ancien Traité de l’art épistolaire, sur le site de la BNF. Il m’aidera sans doute à surprendre les néophytes et à ravir les nostalgiques.