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Dans la lumière

Viens avec moi, dans la lumière, là où les mots brûlent et le destin s’effondre. Libère-toi de ce masque qui t’étouffe, te contraint et t’étreint. Tu te meurs, là-bas, de ces noires certitudes qui oppriment ta raison. Leur Vérité est un leurre dont tu refuses le joug qui pourtant te soumet.

Viens avec moi, dans la lumière, parmi les bannis de ton monde haletant qui offre aux Enfers sa croupe tournée vers un ciel vide. Libère-toi du faux qui incarne le vrai, des convenances d’un monde qui n’en a guère plus. Tu es prisonnier du faussel ; il maquille le réel de ses délires obscènes où l’anormal devient loi.

Viens avec moi, dans la lumière, offrir aux amorphes l’arrogance de ta liberté. Ce monde que tu ne reconnais plus ne te reconnait pas. Il sacrifie le beau sur un lit de roses diaphanes, glorifie les sourires assassins, étouffe la grandeur de ses mains d’argile sous le regard vide des vivants de passage.


Viens avec moi, dans la lumière. Nous ne sommes qu’une poignée, mais demain, nous vivrons. 

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Un vieux chêne [poème]

Au sommet d’une colline résistait un vieux chêne
Encerclé par une armée d’ombres minérales
Qui rongeaient le feuillage, par leur essence humaine,
De cet arbre rémanent d’une verte cathédrale.

Ses racines étouffaient sous des flaques de bitume,
Et ses branches soutenaient fragilement le ciel gris
D’où s’écoulaient tranquillement des flots d’amertume
Flétrissant son écorce désormais rabougrie.

Il régnerait encore jusqu’au prochain printemps
Sur un carré de verdure que de jeunes habitants
Fréquentaient le dimanche sous des yeux assistants.

Quand la sève jaillira de la terre engourdie
Le vieux chêne goûtera à l’infâme tragédie
Des hommes qui, le tuant, prétendraient l’aimer tant.

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Le caillou [poème]

Immobile et gisant sur un lit de semblables
Un caillou anonyme attirait mon regard.
Sa robe grise était fendue d’un agréable
Fleuve de nacre étincelant, presque criard.

Ce cadavre de lave avalait les saisons,
Se jouait des complaintes, des étreintes, des passions
Des hommes qui jonglaient de son corps à foison,
Faisant glisser son ventre sur l’eau la fluxion.

Je dominais à mon tour, furieusement en vie,
Cet orphelin de mer, arrogant à l’envi,
Qui, me laissant jouir de cette brève embellie,
toisera, vivement, nos corps ensevelis.

Grégory Roose. 2 mai 2020. 0h50.

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L’héritier d’Alcibiade

Petit poème en l’honneur du digne héritier d’Alcibiade, maître dans l’art du double jeu, traître à sa patrie, qui intrigua avec les oligarques, vendit plusieurs fois Athènes à l’ennemi. Mêlé à de multiples scandales, Alcibiade, victime de son ambition personnelle, fut chassé et finit broyé par la défaite définitive d’Athènes.

 

Surgi du néant, il imposa son séant

Sur un trône de papier qu’on lui fit sur mesure,

Sans douter de son droit, ne fût-ce qu’un instant,

De s’arroger le pouvoir de la démesure.

Arrogant et moqueur, bien que tenu en laisse,

Étranger aux honneurs et aux scènes de liesse,

Le taquin faquin reste agile et ne rompt point.

L’héritier provoque et se plaint d’être incompris

Il heurte le coq mais devant l’aigle s’extasie

Il suscite la révolte puis affiche son mépris

Clame son amour de l’Autre pour se plaindre du repli.

Il geint, gémit tandis que son peuple il trahit.