La polémique sur la nature de la reconstruction de Notre-Dame refait surface suite à l’intervention, pour le moins musclée, du général Jean-Louis Georgelin chargé par le Président de la République de piloter la reconstruction de cet édifice culturel et religieux presque neuf fois centenaire. C’est un peu comme si on demandait à un architecte des bâtiments de France de mener une guerre: ça n’a pas de beaucoup de sens, même si l’objectif fixé est d' »aller vite (fait, mal fait) ». Le Remplacisme, c’est aussi porter atteinte à ce symbole de la chrétienté, de la richesse du patrimoine architectural et culturel français, d’ou l’intérêt de s’interroger sur la nature de sa reconstruction : restauration ou rénovation ?

La cathédrale s’est affaissée sous les flammes criminelles d’un aléa qui est resté indéterminé sous la pression médiatique qui s’accroche, contre tout logique, à la thèse accidentelle. Son incendie a ému le monde entier et suscité un formidable élan de solidarité: 1 milliard d’euros récoltés en 24 heures pour sa reconstruction, annoncée par le Président de la République, alors même que ses entrailles étaient encore fumantes.

Reconstruction ? Tout le monde semble s’accorder sur ce point. Mais quel type de reconstruction ? Là est toute la question. Faut-il restaurer la cathédrale pour lui restituer sa silhouette originelle ou faut-il, au contraire, la rénover et laisser notre époque imposer son empreinte sur ce monument sacré, vieux de 850 ans ?

Les cas de rénovation sur la cathédrale sont rares. le plus connu est celui de la fameuse flèche qui s’est écroulée lors de l’incendie. Lorsque l’architecte Violet-le-Duc, s’engage dans sa reconstruction, sa flèche succède à celle construite au 13ème siècle, mais en est très éloignée architecturalement. C’est à ma connaissance le seul exemple marquant de rénovation de la cathédrale. démontée à la fin du 18ème siècle. De plus, sa fonction n’est plus un clocher, ce qui avait toujours été le cas auparavant. Il existe de multiples exemples de monuments historiques rénovés qui, suite à une destruction totale ou partielle, ont fait l’objet aménagements architecturaux plus modernes, avec plus ou moins de réussite. La pyramide du Louvre, tant décriée lors de sa construction, est aujourd’hui plébiscitée par les touristes. Le Royal Ontario Museum de Toronto, au Canada, est un autre exemple d’intégration d’une section moderne à un bâtiment historique. On peut également citer les gares, les musées, les maisons d’habitation qui ont marié l’ancien et le moderne avec succès.

Mais Notre-Dame n’est ni une grange, ni un musée, ni un bâtiment administratif.

Elle a la particularité d’avoir su préserver l’aspect que ses premiers bâtisseurs lui ont donné au 13ème siècle, sans faire l’objet d’aménagement importants au fil des siècles, mais bien d’une restauration complète au 19ème siècle.

Notre-Dame à plus de 850 ans d’existence.

Ce caractère immuable renforce la symbolique du sacré, de l’intemporel de cette cathédrale qui a traversé les siècles, qui a résisté aux caprices du temps et aux ravages des guerres. Il faut la res-tau-rer. A l’identique. Moderniser Notre-Dame reviendrait à briser son intemporalité, souiller son harmonie visuelle, évacuer le sacré pour céder au profane. Et ce serait, enfin et surtout, s’emparer d’un symbole pour en forger un autre, celui de l’idéologie progressiste pour qui le passé, les traditions, le patrimoine ne sont rien d’autre que des entraves à la construction d’un avenir qui s’envisage sans eux.